Que nous réserve 2026 : et si les réponses étaient dans la philosophie ?

Des mets simples donnent un plaisir égal à celui d’un régime somptueux si toute la douleur causée par le besoin est supprimée, et du pain d’orge et de l’eau procurent le plus vif plaisir à celui qui les porte à sa bouche après en avoir senti la privation

Épicure
Dans la fameuse lettre qu’il nous reste de lui et qu’il adresse à Ménécée, on a surtout retenu son grand argument théorique pour ne plus craindre la mort. Pourquoi donc, la mort étant une privation de sensibilité, craindre un mal dont on ne saura ni ne sentira rien ? Mais c’est là mettre de côté un autre grand argument. Pourquoi donc craindre la mort si vous vivez bien, c’est-à-dire sans troubles du corps et de l’âme ? Ce qu’Épicure entreprend, c’est de nous ôter notre angoisse de la mort, mais surtout d’apaiser notre crainte de la douleur. Car ce qui nous hante, faut-il lire entre les lignes, c’est la souffrance. Et contre cela, rien de mieux que de suivre le régime qu’il nous invite à suivre : « Des mets simples donnent un plaisir égal à celui d’un régime somptueux si toute la douleur causée par le besoin est supprimée, et du pain d’orge et de l’eau procurent le plus vif plaisir à celui qui les porte à sa bouche après en avoir senti la privation (…). Du pain et de l’eau, le régime est certes peut-être un peu sec, mais il permet de mettre les choses au clair : vivre bien n’a rien à voir avec une débauche de plaisirs – c’est confondre épicurisme et épicurien – mais avec l’absence de souffrance. » Et de conclure ainsi pour cette année qui s’annonce : « Le plaisir dont nous parlons est celui qui consiste, pour le corps, à ne pas souffrir, et pour l’âme, à être sans trouble. »

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Notre rapport au monde
Pas toujours mais de temps en temps, la rubrique astrologie vient à se doter d’une ultime partie, celle consacrée à ce qu’on pourrait appeler « la vie sociale ». Les noms donnés à celle-ci sont toujours amusants, car nous voici à osciller entre « nos proches », « la famille », voire, beaucoup plus flou, « les autres ». Nous voici donc à passer du plus familier, de celles et ceux qui nous sont les plus proches, au plus éloigné, soit pour le dire carrément et avec grandiloquence, à notre rapport au monde. C’est que se joue ici quelque chose qui a moins affaire avec la prédiction de ce qui va nous arriver – rencontre amoureuse, opportunité de travail ou pépin de santé –, qu’à notre tempérament, soit la manière dont ce que nous sommes, notre intériorité, notre caractère, nos goûts et dégoûts, va répondre à ces événements extérieurs. Dans cette sous-rubrique, vous n’apprendrez donc pas si vous allez avoir une rupture amicale, si vos voisins seront bienveillants ou si vos enfants se décideront à vous écouter, mais plutôt comment vous allez savoir vous adapter ou tirer un enseignement de ce qui vous arrive… ce qui est hautement paradoxal pour une rubrique dédiée aux autres !

Cultiver ce moi social est l’essentiel de notre obligation vis-à-vis de la société

Henri Bergson
La vie sociale selon Henri Bergson
Mais pas complètement absurde quand on y pense. « Serai-je à la hauteur ? Vais-je encaisser ? Vais-je être sereine ? Serai-je “proactive” ou dans un esprit tranquille ? » Autant de questions que l’on ne se pose pas uniquement en pensant à soi, mais en ayant à l’esprit notre place dans le monde. Moi individuel et moi social ne vont pas sans l’autre, comme l’a souligné Henri Bergson dans son livre Les Deux Sources de la morale et de la religion. «En vain on essaie de se représenter un individu dégagé de toute vie sociale. Même matériellement, Robinson dans son île reste en contact avec les autres hommes, car les objets fabriqués qu’il a sauvés du naufrage, et sans lesquels il ne se tirerait pas d’affaire, le maintiennent dans la civilisation et par conséquent dans la société.» Ce lien infaillible entre nos deux moi, c’est exactement ce qu’explore cette partie de l’astrologie, en nous rappelant à quel point sommeille en nous tous un Robinson. Ou pour le dire autrement, nous rappelant à quel point notre soif de solitude face à une sociabilité effrénée reste une soif inassouvie… Est-ce à dire que nos désirs de retrait ne sont que de pures vanités ? Loin de là, car en cette nouvelle année, mieux vaut être lucide : si « cultiver ce moi social est l’essentiel de notre obligation vis-à-vis de la société », comme nous le dit Bergson, cultiver notre moi individuel l’est aussi vis-à-vis de nous-mêmes. Meilleurs sommes-nous pour la société, meilleurs sommes-nous pour nous-mêmes.

Que faire de nos lignes de vie ? Les réponses de Gilles Deleuze

En mai et juin 1980, le temps de deux séances, les deux dernières qu’il dispensera au Centre universitaire expérimental de Vincennes, près de Paris, Gilles Deleuze a exploré le motif de « lignes de vie ». Les lignes de vie ou cette manière de percevoir la façon dont nos vies se distribuent à travers différentes trajectoires : les lignes dures qui nous enferment, nous segmentent, nous « territorialisent » ; les lignes souples faites de fêlures qui nous transforment ; les lignes de fuite, enfin, créatrices d’intensité.« Chacun de nous est comme une main, nous dit Deleuze. On a des lignes. Ces lignes ne disent pas l’avenir parce qu’elles ne préexistent pas, mais il y a des lignes de toutes sortes de natures. » Si l’avenir nous inquiète parce qu’il nous échappe, si l’astrologie nous rassure, Deleuze nous le rappelle pourtant : l’avenir ne se prévoit pas, c’est à nous de débusquer ces lignes, c’est à nous de les créer ou de nous en séparer. Mais comment faire ? Comment créer ses propres lignes de fuite ? La leçon deleuzienne est simple : pour être créateur de ses propres lignes de vie, pour ne pas les faire tourner en lignes mortifères et destructrices, il s’agit d’être digne de l’événement, « de ce qui arrive », repérer ce qu’il y a de processus vital en lui et être à la hauteur. « Être digne de ce qui arrive, c’est-à-dire : ne rien médiocriser. » Sur les lignes de vie, cours mai-juin 1980, de Gilles Deleuze, Éditions de Minuit, édition préparée par David Lapoujade, 144 p., 16 €.

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