Que nous réserve 2026 : et si les réponses étaient dans la philosophie ?

Fragments d’un discours amoureux
Comment faire alors pour cette nouvelle année ? Comment faire quand on sait que l’amour « ne va pas », quand on connaît tout ce qu’il charrie de «malaises, doutes, désespoirs» et qu’on a nous-même expérimenté nos «envies d’en sortir» mais que l’envie d’aimer signe et persiste ? Que faire donc de notre amour d’amour quand tous les arguments, et notre raison la première, s’y opposent ? Barthes nous rappelle que ce déchirement n’est rien d’autre que la tragédie propre au discours amoureux, car celui-ci n’a rien de théorique, il se vit de l’intérieur, entre moi et moi-même, entre mes propres déceptions et mes espoirs toujours vivaces. Mais soyez rassurés, la leçon de Barthes ne s’arrête pas là. Le philosophe-sémiologue ne nous laisse pas empêtrés dans un tel dilemme. Au bout de ce désordre amoureux apparaît un apaisement à ce qui forme, de romans sentimentaux en rom com, nos fantasmes passionnels.

À lire aussi Couple : quand faut-il partir, quand faut-il se battre ?

Un remède en forme d’acronyme divulgué dans son ultime fragment : le «NVS». Ou le « non-vouloir-saisir ». Soit la décision de ne plus vouloir s’approprier l’être aimé (voire l’amour), mais « d’abandonner dorénavant tout “vouloir-saisir” à son égard ». N’y voyez surtout pas une énième tactique ou une démission sentimentale, mais une clé à votre portée, celle qui consiste non pas à saisir ni à renoncer, non pas à s’accaparer ni à repousser, mais au contraire, à laisser circuler le désir. « Je t’aime est dans ma tête, mais je l’emprisonne derrière mes lèvres. »

Comment ira ma carrière ?
Cette année sera-t-elle celle de l’épanouissement dans ce qui constitue et structure plus de la moitié de mon temps de vie sur terre, à savoir le travail ? Aurai-je une promotion ? Mon chef ou ma cheffe sauront-ils percevoir en moi un élément essentiel à la bonne marche de la structure dans et pour laquelle je travaille ? Ou aurai-je le courage de décider, par moi-même, ce que je veux ? Et choisir peut-être de partir, de prendre une autre voie, de bifurquer ? Tout bon horoscope ne peut plus se passer de la case « carrière » constituée de mots-clés tels que « signature », « investissement » ou « performance », « placement » et « déplacement ». Au détour d’une phrase peut surgir, pourtant, le mot tant redouté : celui de « ralentissement », qui semble laisser entendre que, cette fois-ci, vous n’aurez pas la main, vous ne serez pas reconnu à votre juste valeur, vous n’obtiendrez pas ce qui récompense vos efforts.

Jamais je ne suis plus actif que quand je ne fais rien, et jamais je ne suis moins seul que lorsque je suis avec moi-même.

Caton
Passer la publicité
Mais cette année, faites de ce « ralentissement » une reconnaissance et une récompense. Voyez-le comme un signe, et s’il n’apparaît pas, faites-en vous-même un mantra ! Appliquez ce que les philosophes antiques ne cessaient de préconiser : l’otium, soit le loisir, le temps libre, la contemplation, contre le negotium, soit les affaires, les activités de production et de profit. Caton, homme politique et écrivain romain des IIIe et IIe siècles avant J.-C., ne s’y trompait pas, déclarant : «Jamais je ne suis plus actif que quand je ne fais rien, et jamais je ne suis moins seul que lorsque je suis avec moi-même.» Cette phrase, la philosophe Hannah Arendt la cite dans ses Questions de philosophie morale, percevant la solitude comme une activité «deux-en-un», celle non pas d’un isolement, mais d’une solitude propice à la pensée avec soi-même, d’un dialogue entre soi et soi-même. Tout comme, dans Condition de l’homme moderne, elle a fait de l’activité non pas le signe d’une quelconque performance, promotion ou investissement, mais, à la manière des penseurs antiques, une dispersion de l’attention, une entrave à la réflexion, un obstacle à une véritable production de soi. « Toute activité, voire la plus purement intellectuelle, doit culminer dans le repos absolu de la contemplation. » Arendt, et on doit insister avec elle, dit bien « toute » activité, et pas juste celles qui semblent nécessiter du calme et de la concentration. À une époque où règne ce qu’on pourrait appeler un activisme de l’activité, revenir à l’inactivité est peut-être ce qui, contre toute attente, semble être la meilleure manière de produire quelque chose de pérenne et authentique. Ne pas s’agiter pour mieux agir, tel pourrait être le slogan de votre carrière en 2026.

Pour des instructions plus détaillées, veuillez cliquer sur le bouton ci-dessous (>) et suivez-nous sur Facebook.