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Notre rapport au monde
Pas toujours mais de temps en temps, la rubrique astrologie vient à se doter d’une ultime partie, celle consacrée à ce qu’on pourrait appeler « la vie sociale ». Les noms donnés à celle-ci sont toujours amusants, car nous voici à osciller entre « nos proches », « la famille », voire, beaucoup plus flou, « les autres ». Nous voici donc à passer du plus familier, de celles et ceux qui nous sont les plus proches, au plus éloigné, soit pour le dire carrément et avec grandiloquence, à notre rapport au monde. C’est que se joue ici quelque chose qui a moins affaire avec la prédiction de ce qui va nous arriver – rencontre amoureuse, opportunité de travail ou pépin de santé –, qu’à notre tempérament, soit la manière dont ce que nous sommes, notre intériorité, notre caractère, nos goûts et dégoûts, va répondre à ces événements extérieurs. Dans cette sous-rubrique, vous n’apprendrez donc pas si vous allez avoir une rupture amicale, si vos voisins seront bienveillants ou si vos enfants se décideront à vous écouter, mais plutôt comment vous allez savoir vous adapter ou tirer un enseignement de ce qui vous arrive… ce qui est hautement paradoxal pour une rubrique dédiée aux autres !
Cultiver ce moi social est l’essentiel de notre obligation vis-à-vis de la société
Henri Bergson
La vie sociale selon Henri Bergson
Mais pas complètement absurde quand on y pense. « Serai-je à la hauteur ? Vais-je encaisser ? Vais-je être sereine ? Serai-je “proactive” ou dans un esprit tranquille ? » Autant de questions que l’on ne se pose pas uniquement en pensant à soi, mais en ayant à l’esprit notre place dans le monde. Moi individuel et moi social ne vont pas sans l’autre, comme l’a souligné Henri Bergson dans son livre Les Deux Sources de la morale et de la religion. «En vain on essaie de se représenter un individu dégagé de toute vie sociale. Même matériellement, Robinson dans son île reste en contact avec les autres hommes, car les objets fabriqués qu’il a sauvés du naufrage, et sans lesquels il ne se tirerait pas d’affaire, le maintiennent dans la civilisation et par conséquent dans la société.» Ce lien infaillible entre nos deux moi, c’est exactement ce qu’explore cette partie de l’astrologie, en nous rappelant à quel point sommeille en nous tous un Robinson. Ou pour le dire autrement, nous rappelant à quel point notre soif de solitude face à une sociabilité effrénée reste une soif inassouvie… Est-ce à dire que nos désirs de retrait ne sont que de pures vanités ? Loin de là, car en cette nouvelle année, mieux vaut être lucide : si « cultiver ce moi social est l’essentiel de notre obligation vis-à-vis de la société », comme nous le dit Bergson, cultiver notre moi individuel l’est aussi vis-à-vis de nous-mêmes. Meilleurs sommes-nous pour la société, meilleurs sommes-nous pour nous-mêmes.
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