Que nous réserve 2026 : et si les réponses étaient dans la philosophie ?

Si le zodiaque prédit l’avenir, la philosophie lui donne toutes ses chances. Quelques bons auteurs et des pensées sages nous y aident.

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Bonheur, santé, travail, que vous réservent les astres pour cette nouvelle année ? Telle est la formule consacrée en chaque période de fêtes. Telle est la triade rituelle pour laquelle chacun et chacune d’entre nous se passionne, à la veille d’une nouvelle course de douze mois dont on espère qu’elle sera encore meilleure (ou peut-être moins pire) que celle qui vient de s’écouler. Mais telle est aussi la formule qu’une discipline comme la philosophie a faite sienne depuis plusieurs siècles… Car oui, contre toute attente, philosophie et astrologie ont beaucoup en commun ! Vais-je rencontrer l’amour ? Le bonheur est-il à portée de main ? Comment s’épanouir au travail ? Serai-je en bonne santé ? Astrologie et philosophie gravitent non seulement autour des mêmes enjeux existentiels, mais elles partagent ce désir de savoir de quoi la vie est faite, de décider et d’agir au mieux dans un contexte qui nous échappe par essence : l’avenir.

Comme le souligne le philosophe Theodor Adorno dans une courte étude de la rubrique des prévisions astrologiques du Los Angeles Times, étude du début des années 1950, l’horoscope est un véritable « réducteur » d’incertitude, un authentique « anxiolytique », pas si loin du projet réflexif que mène toute philosophie, des exercices thérapeutiques des penseurs antiques jusqu’à aujourd’hui. À une légère différence près : celle du temps auquel se conjuguent nos actions !

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la philo, une boîte à outils
La philosophie n’attend pas de savoir ce que sera l’avenir, mais comment faire dès maintenant. Elle n’attend pas que les astres lui dictent le futur, mais entend nous livrer une méthode au présent, nous donner les moyens, à l’instant même, pour conduire par nous-mêmes nos propres vies. Et si ce que nous réserve cette nouvelle année était entre nos mains ? Et si, pour faire de 2026 une année de joie, de bonheur et de liberté, les réponses ne se trouvaient pas dans le ciel mais dans les livres ? Amour, santé, travail, mais aussi vie sociale…, la philosophie n’observe pas ce que les astres nous réservent, elle se présente elle-même comme une réserve d’idées, comme une boîte à outils. Grâce à eux, c’est à nous de décider de quoi l’année sera faite. Alors, à quoi voulez-vous que votre année 2026 ressemble ?

L’amour est « la » grande question que l’on pose aux astres… « Je vous en supplie, dites-moi si cette année, c’est la bonne, celle de la rencontre avec l’amour de ma vie ? », peut-on s’entendre demander, fébrile, en ouvrant les pages dédiées aux horoscopes. La rencontre, l’unique, de celle ou celui qui me comprendra, qui m’emportera, avec qui je pourrai tout partager, avec qui, même, je pourrai fusionner. Et si la rencontre a déjà eu lieu, la question reste pourtant la même. « Dites-moi si cette année, nous serons heureux comme aux premiers jours de notre amour… » Les critiques de la conjugalité ont beau (légitimement) se déployer, les relations au quotidien s’abîmer ou se fatiguer, le besoin d’amour, quelle que soit sa forme, lui, reste follement inamovible. Le sujet amoureux est « intraitable », comme le qualifie si bien Roland Barthes. Et telle est la leçon qui se tire au fil de ses Fragments d’un discours amoureux. « Tous les arguments que les systèmes les plus divers emploient pour démystifier, limiter, effacer, bref déprécier l’amour, je les écoute, mais je m’obstine : j’oppose à tout “ce qui ne va pas” dans l’amour, l’affirmation de ce qui vaut en lui. »

Fragments d’un discours amoureux
Comment faire alors pour cette nouvelle année ? Comment faire quand on sait que l’amour « ne va pas », quand on connaît tout ce qu’il charrie de «malaises, doutes, désespoirs» et qu’on a nous-même expérimenté nos «envies d’en sortir» mais que l’envie d’aimer signe et persiste ? Que faire donc de notre amour d’amour quand tous les arguments, et notre raison la première, s’y opposent ? Barthes nous rappelle que ce déchirement n’est rien d’autre que la tragédie propre au discours amoureux, car celui-ci n’a rien de théorique, il se vit de l’intérieur, entre moi et moi-même, entre mes propres déceptions et mes espoirs toujours vivaces. Mais soyez rassurés, la leçon de Barthes ne s’arrête pas là. Le philosophe-sémiologue ne nous laisse pas empêtrés dans un tel dilemme. Au bout de ce désordre amoureux apparaît un apaisement à ce qui forme, de romans sentimentaux en rom com, nos fantasmes passionnels.

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Un remède en forme d’acronyme divulgué dans son ultime fragment : le «NVS». Ou le « non-vouloir-saisir ». Soit la décision de ne plus vouloir s’approprier l’être aimé (voire l’amour), mais « d’abandonner dorénavant tout “vouloir-saisir” à son égard ». N’y voyez surtout pas une énième tactique ou une démission sentimentale, mais une clé à votre portée, celle qui consiste non pas à saisir ni à renoncer, non pas à s’accaparer ni à repousser, mais au contraire, à laisser circuler le désir. « Je t’aime est dans ma tête, mais je l’emprisonne derrière mes lèvres. »

Comment ira ma carrière ?
Cette année sera-t-elle celle de l’épanouissement dans ce qui constitue et structure plus de la moitié de mon temps de vie sur terre, à savoir le travail ? Aurai-je une promotion ? Mon chef ou ma cheffe sauront-ils percevoir en moi un élément essentiel à la bonne marche de la structure dans et pour laquelle je travaille ? Ou aurai-je le courage de décider, par moi-même, ce que je veux ? Et choisir peut-être de partir, de prendre une autre voie, de bifurquer ? Tout bon horoscope ne peut plus se passer de la case « carrière » constituée de mots-clés tels que « signature », « investissement » ou « performance », « placement » et « déplacement ». Au détour d’une phrase peut surgir, pourtant, le mot tant redouté : celui de « ralentissement », qui semble laisser entendre que, cette fois-ci, vous n’aurez pas la main, vous ne serez pas reconnu à votre juste valeur, vous n’obtiendrez pas ce qui récompense vos efforts.

Jamais je ne suis plus actif que quand je ne fais rien, et jamais je ne suis moins seul que lorsque je suis avec moi-même.

Caton
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Mais cette année, faites de ce « ralentissement » une reconnaissance et une récompense. Voyez-le comme un signe, et s’il n’apparaît pas, faites-en vous-même un mantra ! Appliquez ce que les philosophes antiques ne cessaient de préconiser : l’otium, soit le loisir, le temps libre, la contemplation, contre le negotium, soit les affaires, les activités de production et de profit. Caton, homme politique et écrivain romain des IIIe et IIe siècles avant J.-C., ne s’y trompait pas, déclarant : «Jamais je ne suis plus actif que quand je ne fais rien, et jamais je ne suis moins seul que lorsque je suis avec moi-même.» Cette phrase, la philosophe Hannah Arendt la cite dans ses Questions de philosophie morale, percevant la solitude comme une activité «deux-en-un», celle non pas d’un isolement, mais d’une solitude propice à la pensée avec soi-même, d’un dialogue entre soi et soi-même. Tout comme, dans Condition de l’homme moderne, elle a fait de l’activité non pas le signe d’une quelconque performance, promotion ou investissement, mais, à la manière des penseurs antiques, une dispersion de l’attention, une entrave à la réflexion, un obstacle à une véritable production de soi. « Toute activité, voire la plus purement intellectuelle, doit culminer dans le repos absolu de la contemplation. » Arendt, et on doit insister avec elle, dit bien « toute » activité, et pas juste celles qui semblent nécessiter du calme et de la concentration. À une époque où règne ce qu’on pourrait appeler un activisme de l’activité, revenir à l’inactivité est peut-être ce qui, contre toute attente, semble être la meilleure manière de produire quelque chose de pérenne et authentique. Ne pas s’agiter pour mieux agir, tel pourrait être le slogan de votre carrière en 2026.

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